JO d’hiver 2026 : Milan-Cortina, le bilan
Du 6 au 22 février 2026, les XXVes Jeux d'hiver se sont déroulés entre Milan, Cortina d'Ampezzo et plusieurs sites de Lombardie, de Vénétie et du Trentin-Haut-Adige. Pour la France, ces Jeux resteront tout simplement les meilleurs de son histoire.
Un record français pulvérisé
Avec 23 médailles — 8 en or, 9 en argent, 6 en bronze — la délégation tricolore explose son précédent record de 15 podiums (Sotchi 2014 et PyeongChang 2018), soit une progression de plus de 50 %. Elle termine au 6e rang des nations, sa meilleure position depuis la troisième place de Grenoble en 1968. Ses 160 athlètes étaient engagés dans 14 des 16 disciplines au programme, emmenés par les porte-drapeaux Clément Noël et Chloé Trespeuch.
Le biathlon, moteur de la réussite
À lui seul, le biathlon rapporte 13 des 23 médailles françaises, dont six titres, avec un grand chelem historique en or sur les trois relais. Quentin Fillon Maillet repart avec quatre médailles dont trois en or et devient l'athlète français le plus décoré de toute l'histoire olympique, hiver et été confondus : neuf podiums, cinq titres.
Autre sommet d'émotion, le sacre en danse sur glace de Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron, ce dernier devenant le premier danseur champion olympique avec deux partenaires différentes sur deux éditions successives.
Les nouveaux terrains de jeu
Le ski-alpinisme, seule discipline nouvellement inscrite au programme, a immédiatement souri aux Bleus : trois médailles, une de chaque métal, dont l'or du relais mixte. Une preuve d'opportunisme sur les formats émergents, souvent décisifs dans la course au classement des nations.
Le bilan comporte aussi ses zones d'ombre : le ski alpin, longtemps place forte tricolore, sauve l'honneur avec un seul podium, et le combiné nordique comme le snowboard sont restés en deçà des attentes. Le bobsleigh, la luge, le skeleton et le hockey demeurent hors de portée.
À domicile, l'Italie a signé une razzia (30 médailles dont 10 titres), illustrant l'effet pays hôte — un précédent encourageant à quatre ans des Jeux des Alpes françaises 2030.
Des Jeux éclatés sur un immense territoire
Milan-Cortina a poussé très loin la logique des Jeux « répartis » : les épreuves se sont tenues sur des sites distants de plusieurs centaines de kilomètres, de Milan à Cortina d'Ampezzo en passant par la Valteline, Livigno et Anterselva. Un choix assumé pour réutiliser des installations existantes plutôt que de construire, dans la lignée des recommandations du CIO après les éditions les plus coûteuses.
Le programme comptait 116 épreuves, contre 102 à PyeongChang en 2018. Cette inflation explique en partie la hausse générale du nombre de médailles distribuées — un facteur à garder en tête quand on compare les bilans d'une édition à l'autre.
Les disciplines à connaître
Le biathlon combine ski de fond et tir à la carabine : chaque balle manquée coûte un tour de pénalité de 150 m ou une minute selon le format. C'est cette alternance entre effort maximal et maîtrise du rythme cardiaque qui rend la discipline si imprévisible — et si spectaculaire.
Le ski-alpinisme, nouveau venu, consiste à monter en peaux de phoque puis à descendre à ski, avec des transitions chronométrées où se joue une part décisive du résultat. La danse sur glace, elle, se distingue du patinage en couple : ni sauts ni portés au-dessus des épaules, mais une notation qui valorise la précision des pas et l'interprétation musicale.
Cap sur les Alpes 2030
Ces Jeux constituent une répétition générale pour la France, hôte de l'édition 2030 dans les Alpes. L'exemple italien est parlant : passée de 17 médailles en 2022 à 30 à domicile, l'Italie illustre l'effet combiné de la préparation ciblée, de la connaissance des sites et du soutien du public.
Comprendre le tableau des médailles
Le classement officiel du CIO ordonne les nations par nombre de titres, et non par total de podiums. Ce détail change beaucoup de choses : une délégation peut compter davantage de médailles qu'une autre tout en se classant derrière elle. La sixième place française, avec 8 titres, s'inscrit dans cette logique — et explique pourquoi certains médias anglo-saxons, qui classent au total de médailles, publient parfois des hiérarchies différentes.
Deuxième précision utile : le nombre d'épreuves varie d'une édition à l'autre. Passer de 102 épreuves en 2018 à 116 en 2026 signifie 42 médailles supplémentaires distribuées. Comparer des bilans bruts à trente ans d'écart n'a donc guère de sens sans rapporter le total au nombre d'épreuves disponibles.
Le biathlon, une exception française
Que le biathlon apporte plus de la moitié des médailles françaises n'est pas un hasard de circonstance, mais le produit d'une filière. La France dispose d'un réseau de clubs et de sites d'entraînement dense dans le Jura et les Alpes, d'une continuité d'encadrement sur plusieurs générations, et d'une culture de la discipline entretenue par une exposition médiatique constante depuis les années 1990.
Le grand chelem sur les trois relais illustre ce point mieux que n'importe quel titre individuel : gagner un relais suppose quatre athlètes de très haut niveau simultanément disponibles, ce qu'aucune génération spontanée ne produit. À l'inverse, les disciplines de glisse mécanique — bobsleigh, luge, skeleton — souffrent de l'absence de piste homologuée sur le territoire, un handicap structurel que la construction d'installations pour 2030 pourrait partiellement lever.
Le format des épreuves à connaître
Le biathlon décline cinq formats principaux. L'individuel (20 km / 15 km) pénalise chaque balle manquée d'une minute pleine, ce qui prime la précision absolue. Le sprint et la poursuite, où l'on part selon les écarts du sprint, appliquent un tour de pénalité de 150 m. La mass start réunit les meilleurs sur un départ groupé, et les relais autorisent trois balles de réserve par tir, à recharger une par une — un moment de tension qui fait basculer bien des courses.
En ski alpin, la distinction entre disciplines techniques (slalom, géant) et de vitesse (super-G, descente) structure les carrières : rares sont les skieurs à briller dans les deux registres, ce qui rend le combiné particulièrement sélectif.
Ce que 2030 devra confirmer
La performance de Milan-Cortina crée une attente, mais aussi un piège. L'effet pays hôte est réel — l'Italie l'a démontré — mais il repose sur des investissements engagés cinq à huit ans en amont, sur la familiarité des sites et sur des quotas d'engagement souvent plus favorables. Les Alpes 2030 se joueront donc en grande partie dans les saisons qui séparent les deux éditions.